Vends deux pièces à Beyrouth

Découvert avec l’émission « On ne demande qu’à en rire » l’humoriste Jeremy Ferrari n’a cessé depuis, sous couvert d’humour noir, de faire passer des messages anti-racismes, anti-sexisme voir même anti-religion (notamment avec son précédent One-Man Show « Hallelujah Bordel ! ») ou encore critiquer les regards maladroits et condescendants qu’on peut porter sur l’handicap. En Février dernier, l’humoriste s’attaque sur un plateau télé à l’homme politique Manuel Valls déclenchant avec cette altercation, désormais devenue aussi culte que celle opposant Daniel Balavoine à François Mitterand, une incident diplomatique avec le Gabon. « Vends deux pièces à Beyrouth », le nouveau spectacle écrit et mis en scène par Jeremy Ferrari, est un one man show qui, tout comme son précédent, ne traite pas de sujets très légers, puisqu’il parle, entre autre, de la guerre.

le jolly roger - jeremy ferrari vends deux pieces à beyrouth

A l’heure où nous sommes encore touchés par les vagues successives d’attentats en Europe et particulièrement le terrible 13 Novembre 2015, la convenance voudrait que l’on reste tranquille et que l’on en porte encore le deuil. C’était sans compter sur l’audace de Jeremy Ferrari qui a cru bon, et à raison, de commencer immédiatement son spectacle par une critique corrosive de l’organisation des victimes du Bataclan et ayant trop de dignité pour que son public soit aussi mal organisé en cas d’attaque terroriste, il l’entraine. Le ton est donné, on ne peut d’emblée s’empêcher de rire devant l’audace corrosive du jeune humoriste et lui promettre de faire barrage pour sauver le public des rangs de devant. Véritable pile électrique, le comédien enchaine les sketchs à l’humour au vitriol pendant lesquels il explique notamment, de manière très vulgarisée mais remettant les pendules à l’heure chez ceux qui n’ont pas vraiment réviser leur géopolitique depuis l’obtention de leur baccalauréat, le conflit israélo-palestinien. Par ailleurs pour écrire ce spectacle, le jeune homme qui souffre de complexes concernant son éventuel manque de culture du à l’arrêt prématuré de l’école, a suivi des cours intensifs de géo-politique plusieurs heures par semaine pendant plusieurs mois. Sa pièce fut ensuite relue par des spécialistes. Celui qui avait précédemment décortiqué plusieurs trois grands livres religieux sur scène avec son « Hallelujah Bordel ! » Continue de se battre contre l’extrémisme religieux en se moquant entre autre des moyens, astucieux, de recrutement chez Daesh (recrutements de jeunes adolescents sur Internet via les réseaux sociaux) ou des moyens de locomotions plutôt comiques (roller, cheval) des forces de l’ordre etc.

En plus des conflits liés à la guerre, Jeremy Ferrari attaque une marque de vêtement bien connue qui a souhaité le sponsoriser alors qu’elle a travaillée avec les nazis pendant la seconde guerre mondiale. Enfin, agacé par les moyens de publicité cyniques qu’utilisent certaines ONG pour faire culpabiliser les donateurs (ces ONG emploient la même boite de publicité, celle qui nous envoie des seringues pour nous rappeler de donner 5 euros pour des vaccins en Afrique par exemple) conclus son spectacle en attaquant ces mêmes ONG, notamment Action Contre la Faim qui, après de longues recherches, disposerait d’un capital « en cas de crise » très important, soulignant au passage le salaire exorbitant du dirigeant de cette association.

Souvent, et notamment depuis son altercation avec Manuel Valls, le jeune homme d’a peine 30 ans est comparé, à raison, à Coluche ou Desproges provoque le rire libérateur dont nous avions tous besoin. On ressent comme une urgence de sa part de provoquer, de dénoncer les choses avec un vocabulaire plus accessible, ou du moins plus commun, que les intellectuels invités sur les plateaux télé. L’acteur a une véritable présence scénique et visuelle. La lumière due à l’utilisation, après recherches, de MagicBlade, est également très belle et change de celles dont on l’habitude sur ce genre de spectacle. Enfin, afin d’appuyer tout ces dires et les prouver, l’humoriste met à disposition du public, un gros classeur où sont contenues toutes ces recherches. Recherches disponibles également sur son site internet (un énorme dossier qui malgré une bonne connexion a mis pas moins de 45 minutes à se télécharger). L’attention est plus que louable et donne envie au public averti de fouiner de son côté également. Gageons que cela ai suscité quelques éveils de conscience.

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Il y a pourtant quelques défauts dans ce show générateur de tension. Le premier étant l’articulation sommaire du comédien, forçant à prêter l’oreille et rater, de ce fait, quelques informations. Après avoir demandé à plusieurs personnes si le problème venait de moi et de mon habitude aux scènes plus « conventionnelles » force est de constater que tout le monde avait remarqué ce petit défaut. Le second défaut, et le plus gros, est le final de « Vends deux pièces à Beyrouth » : Jeremy Ferrari emmerde tout le monde et surtout s’emmerde lui même qui « a failli lisser ce spectacle, a eu peur etc ». Pendant presque deux heures le public a bien eu le temps de remarquer qu’effectivement l’humoriste ne manquait pas de courage, il n’était pas nécéssaire de le rappeler sous couvert de fausse humilité. Ce qui sonne comme un petit « rappel à l’ordre » est très agaçant et il m’a fallu plusieurs jours pour que le spectacle commence à faire écho en moi, une fois la fin « digérée ». Je trouve cela dommage pour l’artiste qu’il est eu ce besoin là. Après les saluts l’humoriste revient également afin de saluer et remercier toute l’équipe technique, l’attention est de nouveau louable mais assez gênante, ne sachant pas si Jeremy Ferrari fait vraiment preuve d’humilité ou non. Cette double fin est en soi assez exaspérante et gâche vraiment le ressenti du spectacle.

Mais pourtant aujourd’hui, il est important de voir ce genre de théâtre intelligent et audacieux où sous couvert d’humour (et pas l’humour le plus accessible) l’éveil des consciences peut être collectif, surtout à cette époque où les politiques semblent se moquer du monde.

Cet article est issu de mon dossier de fin d’année pour le Conservatoire. Je pense que dès la saison prochaine j’écrirai un peu plus sur le spectacle vivant. J’espère que ça vous plaira !  

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