The Broken Circle Breakdown by Felix Van Groeningen

Difficile d’écrire sur quelque chose qu’on aime, preuve en est, je me suis lancée dans des critiques que de ce que je n’aime pas. Mais voilà, à force de voir volontairement de la daube au cinéma et des films de mauvaise qualité scénaristique, j’ai commencé à perdre le goût des salles obscures. Heureusement est arrivé The Brocken Circle Breackdown ou en français Alabama Monroe de Felix Van Groeningen.
L’histoire est celle d’Élise, tatoueuse et Didier joueur de banjo dans un bluegrass band. L’histoire est rythmée par la musique et par une petite fille de six ans, Maybelle.
Difficile de parler de ce film sans raconter un minimum. Donc, si vous tenez à le voir abstenez-vous de lire la suite, si vous l’avez déjà vu vous pouvez me dire que ce que j’écris est vraiment nul et tiré par les cheveux. Au pire je finirai ma carrière de critique avortée sur Vodkaster.
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Si vous avez déjà vu ce très pathétique (au sens propre du terme) La Guerre est déclarée, le sujet de ce film vous semblera très similaire. Mais, ici, nous sommes loin du pathos servant à glorifier deux acteurs franchouillards. Nous avons un couple fusionnel, un peu bohème, qui doit faire face à la mort prématurée d’une petite fille. Issu d’une pièce de théâtre mettant en scène deux acteurs (dont Johan Heldenbergh qui reprend son rôle dans le film et est également l’auteur de la pièce) répondant par monologue interposé à des morceaux de country.

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Didier est un personnage fort, servi par un acteur impressionnant et charismatique. Ce belge passionné par l’Amérique au point de vivre à l’américaine, dans une espèce de ranch avec une terranda (un savant compromis entre une terrasse et une véranda, qui a sa part de malheurs dans l’histoire), grosse jeep, musique bluegrass, est également un athée pure souche. Rien n’est mystique dans son monde hormis sa musique, dont les paroles sont éminemment religieuses. Assez ironique non ? À Didier répond Élise, une petite blonde tatouée et tatoueuse (tant qu’à faire)(j’ai loupé ma vocation), dont quelques tatouages sont des covers de prénoms d’ex petits copains, tombe follement amoureuse de Didier et est entrainée par ce dernier dans la musique. À tel point qu’elle devient chanteuse dans le groupe de son compagnon. Le réalisateur souhaitait qu’Élise soit servie par une actrice suffisamment forte pour faire peur à Didier. Veerle Baetens réussit le pari et de surcroit chante merveilleusement bien. À tel point qu’avec Johan Heldenbergh ils forment le « Broken circle breackdown bluegrass band » qui fait une tournée à guichets fermés. Au contraire de son époux, Élise est mystique. Comme pour se soulager de la disparition de son enfant, elle retrouvera Maybelle réincarnée en oiseau et s’emploiera à sauver ces derniers de la terrible « terranda ». Un grand point pour la jeune actrice Nell Cattrysse, convaincante dans son jeu d’enfant cancéreuse. Une enfant passionnée par Mega Mindy, super héroïne flamande à la combinaison et au casque roses. Une enfant à son tour héroïne de la vraie vie, qui ne se bat pas contre des méchants, mais contre un cancer, plus terrible encore.

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La passion de Didier pour l’Amérique est loin d’être payante. Comme une réponse aux premiers pas de Maybelle durant la tragédie du onze septembre (donc un moment de bonheur intense pour la famille pendant un moment d’horreur vécu par les Américains), Bush posera son droit de véto sur des avancées scientifiques qui auraient pu sauver Maybelle, et ce au nom de Dieu et de la Bible. Je rappelle que Didier est profondément athée. Comble, donc, pour cet homme fasciné par les USA.
La musique, parlons en maintenant, dans ce film, est un personnage à part entière. À la manière d’un chœur dans une tragédie grecque, les chanteurs annoncent avec bonne humeur ce qui attend le spectateur (d’ailleurs, j’aurai presque trouvé judicieux de sous-titrer les chansons). Ici la musique, en plus d’adoucir les mœurs des personnages, permet au spectateur d’être soulagée momentanément, de faire descendre la boule dans la gorge, tout en restant totalement immergé dans l’histoire, pas question de respirer !

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Le montage est une merveille d’intelligence. Sans aucune linéarité chronologique, l’histoire est sans cesse entrecoupée. Passé et présent s’entremêlent et se répondent avec parfois quelques jolies et pardonnables incohérences. Jamais deux morceaux tristes du film ne se suivront, il y aura toujours un flash-back joyeux qui suivra une épreuve rencontrée par le couple (j’ai piqué cette phrase au Rolling Stone magazine, faute avouée, complètement pardonnée). Huit ans de la vie du couple se condensent ainsi. Le climax est atteint quand Élise, dans une ambulance, est sur le point de mourir, laissant un Didier désemparé. Le schéma narratif, non conventionnel, du montage ajoute ici une touche de stress, laissant le spectateur s’angoisser et attendre « l’accident ». Parfaite illustration ici d’un thème propre à Hitchcock, le suspense, qui ne résulte, certes, non pas de la mise en scène, mais de l’art d’un montage prodigieux.
alabamamonroe
A la manière des étoiles qui continuent de briller même après leurs morts, ce film me hante encore plusieurs semaines après la séance au cinéma (pas seulement parce que je me suis enfuie dans les toilettes pour pleurer). Un drame flamboyant, premier véritable coup de cœur de 2013. Merci Felix !
N.B : Les tatouages d’Élise sont réalisés par l’artiste bruxelloise Emy La Perla, dont je vous encourage à voir le portfolio. Le Blu Ray du film est déjà disponible, en Zone 2 with french subtitles. Je vous encourage néanmoins à le voir sur grand écran ! L’image est trop belle !
maybellelion

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