Relève Histoire d’une création

J’ai toujours trouvé ça très drôle qu’un danseur ai pour nom de famille « Millepied », c’est marrant non ? Et Millepied, Benjamin de son prénom est plus qu’un simple danseur (même si c’est déjà bien d’être un « simple » danseur), c’est aussi un créateur, parfois un acteur, d’autre fois un coach et même le mari d’une illustre comédienne. Comme si cela ne lui suffisait pas, monsieur Millepied accepte de prendre la direction de l’Opera de Paris et ça, c’est pas drôle du tout. Ce n’est pas drôle surtout pour sa pauvre assistante qui passera les 1h30 du documentaire réalisé par Thierry Demaizière et Alban Teurlai, à l’origine diffusé sur la chaine cryptée puis retravaillé en salle de montage pour une sortie en salle, à courir après lui.

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C’est avec impatience que j’attendais ce documentaire en bonne danseuse classique refoulée, curieuse de voir les coulisses de l’Opera de Paris, mais surtout de voir un créateur en action. Relève c’est justement le processus de création du ballet Clear, Lound, Bright, Forward – beh oui, on est en France, mais n’oublions pas que Benji a passé les vingt dernières années aux USA – de trente minutes. Le film commence avec Natalie Portman qui discute avec François Hollande avant de faire un high-five à son mec, mais c’est juste histoire de faire accrocher les deux gus de l’école de danse voisine qui discutent alors que le film a commencé, car en vrai le film commence au moment même ou Millepied reçoit la musique de Nico Mulhy commandée pour le ballet. À base de « pouah c’est du lourd » et de pas de danse improvisés, le casque sur les oreilles, le chorégraphe débute alors le processus de création. Le documentaire était une commande implicite du chorégraphe aux réalisateurs, le premier voulant qu’il reste une trace de son oeuvre, à la manière du Ballet 422 pour le New York City Ballet. Mais force est de constater que l’on sent la distance prise au début du film, Millepied n’a visiblement plus envie d’avoir du monde dans ses pattes et tout semble annoncer un joli making-of sans rien de plus. Heureusement pour nous, l’apprivoisement du danseur et de sa troupe ne durera pas trop longtemps et, sans tomber dans le plus vulgaire des voyeurismes, nous entrerons dans les coulisses, les vrais, les pas forcément convenus, coulisses de l’Opera de Paris, ceux où le chorégraphe s’explique froidement au téléphone avec quelqu’un qui le casse quand il n’est pas là, ceux où les grands d’en haut pestent contre ceux d’en bas qui font la grève. Ou encore, ces coulisses ou les danseurs et le chorégraphe filment en permanence avec leurs iPhone et affrontent en même temps la direction qui n’a pas les moyens de payer et de réparer les postes de télévision permettant le retour de ce qu’il se passe sur scène – assez effarant d’ailleurs, moi je ne pourrai pas me passer des retours, je suis trop stressée pour ne pas avoir un oeil en permanence sur l’avancée du travail – L’écart technologique entre les générations est assez aberrant. En plus de devoir trouver des mécènes pour financer les nouveaux sols des salles de répétitions, sols plus adaptés pour protéger les articulations des danseurs, Benjamin Millepied impose ses règles et affronte le racisme convenu des corps de ballet en nommant comme étoile une danseuse métisse de talent, là où la règle stipule qu’il ne faut pas de danseurs de couleurs pour ne pas distraire l’oeil. 2016, bonjour !

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Benjamin Millepied va vite, très vite, trop vite en tout cas pour l’Opera de Paris et la bureaucratie française, ce qui précipitera sans doute sa démission quelques mois plus tard – ça et le fait qu’on soit trop polis en France, coucou Natalie -, Mais ce n’est qu’une partie du documentaire et pas celle qui m’intéresse car en réalité, le film de Thierry Demaizière et Alban Teurlai nous fait littéralement entrer dans la danse. Les réalisateurs captent la grâce des mouvements et des articulations qui craquent, des nez qui saignent et des dos musclés. Parfois entrecoupés par les témoignages des jeunes danseurs désireux de montrer qui ils sont vraiment, le travail du ballet est prenant, mais loin d’être immersif comme j’ai pu le lire ici et là, au contraire, malgré l’apprivoisement de la bête, il y a une distance convenue, mais sophistiquée, entre les danseurs et la caméra, dans les différentes salles de répétitions où les miroirs servent à effacer cette distance et participent pleinement à la mise en scène léchée du documentaire.

Grâce à ce dernier nous faisons connaissance avec les artistes contemporains et jeunes dont s’est entouré le chorégraphe, Nico Mulhy et sa musique électronique, le jeune chef d’orchestre Maxime Pascal dont les mouvements de direction sont à eux seuls une magnifique chorégraphie – j’ai toujours adoré regarder les chefs d’orchestre, ce n’est pas les danseurs de couleurs qui distraient mon regards vous voyez – Ou encore la styliste néerlandaise Iris van Herpen dont les costumes seront néanmoins tronqués – adieu beaux tutus métallisés – et enfin le collectif UVA qui travailleront la lumière du ballet.

Une semaine plus tôt, j’avais vu le très chouette The Beatles: Eight Days a Week (the Touring Years) de Ron Howard – que je voulais vous chroniquer, mais j’ai oublié – ou nous avions eu la chance de pouvoir voir un concert remastérisé après le générique. C’est peut être ce qu’il manquait au documentaire de Thierry Demaizière et Alban Teurlai , le ballet Clear, Lound, Bright, Forward de 30 minutes, post-générique, comme conclusion à l’heure et demie qui l’aurait précédé, je me suis sentie un peu frustrée de ne voir que des petits bouts ici et là.

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Retenons quand même une chose :

Elle est trop bien la cantine ici.
Maxime Pascal, 2015.

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