OUT 1 Noli me tangere

Je ne savais pas trop comment commencer cette rétrospective Jean-Pierre Léaud, par ordre chronologique ? Alphabétique ? Ou tout simplement au fur et à mesure que je vois et revois les films ? C’est cette option que j’ai choisie et c’est donc par l’ovni Out 1 (après recherche on doit dire « un » et pas « one ») De Jacques Rivette que je commence cette rétrospective hasardeuse et non exhaustive.

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Pourquoi OUT ? Out parce que c’est le contraire de In, parce que le In est le contraire de ce film qui, certes s’offre la crème de la crème des comédiens de l’époque, mais qui s’inscrit dans une démarche moderne. Le film n’est ni plus ni moins que l’anticipation des séries télévisées telles que nous les regardons aujourd’hui. Suivre des personnages pendant de nombreuses heures dans une action ralentie par rapport à celle d’un film d’1H30, des images hors du temps.

Noli me tangere signifie en latin « Ne me touche pas », « Garde tes distances » ou encore « Laisse-moi en dehors de ça » comme un appel du film lui-même pour qu’on ne le coupe pas car il dure …  12H40 (sur les 30H filmées). Une commande de l’ORTF (la télévision française des années 70) qui finalement refusa le projet, car beaucoup trop inhabituel. Il fut diffusé 20 ans après sur ARTE il me semble. Le film ne fut projeté qu’une seule fois, à l’époque, au cinéma, une projection en toute intimité, sur 2 jours qui aura lieu à Calais loin des impératifs parisiens. Et pendant 20 ans, rien, le film restera une copie de travail. Rivette en feras une version courte de 4H15 répondant au nom de Spectre (que je n’ai pas vu parce que j’ai été gavée des 13H), un cours magistral de montage selon les critiques, je les crois totalement et je suis quand même assez curieuse de voir cette version une fois ma digestion terminée.

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Techniquement le film est construit principalement en plans-séquences, les comédiens sont guidés par un scénario en diagramme assez complexe, dans lequel ils sont libres d’évoluer en improvisation, ce qui impose que l’improvisation soit constante également pour les techniciens sur le plateau. Le film est construit sans début ni fin, mais avec une architecture très précise dont les comédiens ont connaissance, autour de Balzac et du club des 13.

Nous y retrouvons deux troupes de théâtre amateures qui montent deux pièces avec des méthodes de travail très différentes (on peut retrouver du Peter Brook, mais des exercices assez libres), un sourd-muet (pas tellement sourd ni muet) qui s’appelle Colin, incarné par Jean-Pierre Léaud. Une arnaqueuse, une vendeuse dans une boutique à la mode de l’époque et j’en passe. Au total une trentaine d’acteurs se donneront la réplique tout au long de ses 13H. Des personnages Out donc, pratiquement en dehors du système. L’improvisation est poussée à son maximum, les balbutiements, les répétitions, les phrases qui s’embrouillent et s’entremêlent les unes aux autres, les esquisses de gestes finalement abandonnés, tout est conservé et donne à l’ensemble un charme authentique et pas désagréable. Rivette (dont je connais finalement peu l’oeuvre et ce n’est pas bien Angie !) dit dans un entretien dont j’ai oublié de noter le titre (pas bien Angie, bis) « Les acteurs sont bien plus des acteurs que des personnages », finalement ils ne cessent jamais de jouer. Cela fera sans doute plaisir au théâtre des années 70 (ou son avant garde) puisque dans Out 1 « L’acteur est au centre de tout », mantra cher à Grotowskiet la technique qui l’encadre ne vient qu’après. Tellement au centre de tout qu’il faudra s’accrocher durant ce long épisode d’exposition ou les acteurs des deux troupes expérimentent leurs exercices (J’avais l’impression de revivre ma journée au conservatoire), des exercices intéressants à vivre en tant que comédiens, mais totalement inintéressants à regarder comme spectateur. Le premier épisode passé, vous pouvez vous installer confortablement et profiter des scènes de vies qui se construisent devant vous, autour de Jean-Pierre chouchou, toujours aussi beau, alias Colin Maillard dans le film (celui qui ne voit pas) à sa gestuelle démesurée et ses mensonges effrontés. Son harmonica à la main pour souffler faux dedans afin d’attirer l’attention (ce qui aura pour effet d’énerver Archimède, mon lapin, qui tapera de la patte à chaque soufflement commis). Ce mec paumé à la recherche des 13 qui, finalement fait partie de la bande sans le savoir, tapera de la patte comme Archimède et reprendras le cours de sa vie d’avant, de nouveau sourd-muet.

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Après réflexion et une légère digestion je comprends enfin que cet ovni d’Out 1 est un hymne à l’amour pour l’acteur, le comédien, ce saltimbanque qui aime se faire passer pour autrui. Et, en tant que saltimbanque, ce n’est pas désagréable de se prendre un peu d’amour dans la gueule !

Out 1 est désormais disponible dans un beau coffret DVD et Bluray (les deux ensemble tu ne choisis pas) qui contient les 8 épisodes de Noli me tangere, Spectre (le tout restauré en 2K) un documentaire que je n’ai pas encore vu (Shame on you Angie) et un livre d’une centaine de pages autour du film.

A PLAT COFFRET COMBO OUT 1 6 BD + 7 DVD + LIVRE 120 PAGES DEF

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