Le roi derrière le discours

 

Il y a quelque temps Joris m’a offert un coffret DVD contenant deux reportages sur le roi Georges VI. Toute cette animation autour du royal baby m’a rappelé que je n’avais toujours pas ouvert ce coffret malgré l’intérêt que ce roi à éveillé chez moi, après les films The King’s Speech et Hyde Park on Hudson, voilà ce que j’ai appris avec ces deux, passionnant, documentaires.

L’ENFANCE D’ALBERT

Le roi Georges VI a eu une histoire particulièrement émouvante. Et pour cause, le pauvre Bertie n’était pas du tout disposé, ni même éduqué, à devenir roi. C’était sans conteste sa plus grande frayeur.

Bertie est un petit garçon excessivement renfermé et timide, qui grandit dans l’ombre de son frère le futur (et éphémère) Edward VIII. Gaucher contrarié, le pauvre Albert doit aussi porter un lourd et douloureux appareillage pour corriger ses genoux qui se touchent (comme chez les blogueuses mode, oui). À cela s’ajoute un bégaiement qui apparaît vers ses sept ou huit ans (les sources ne sont pas d’accord). En bref, Bertie est typiquement le genre de petit garçon qui se fait taper dans les cours de récré, ne lui manquait plus que les lunettes. D’ailleurs, une de ses nourrices le maltraitera méchamment (arbitrairement), en le privant de nourriture régulièrement, ce qui engrangea chez lui des problèmes digestifs importants qui le suivront toute sa vie.

Quant à son père, il ne supporte pas sa présence et préfère passer son temps avec son ainé. Dès que Bertie souhaite parler et bégaie cela entraine de suite une fureur du père, mais aussi du fils. En effet, le jeune garçon n’arrivant pas à contrôler ses bégaiements a des furieux accès de colère. Les crises de colère continueront une fois l’enfant devenu adulte. Le « spécialiste » Lionel Logue, qualifiera même ses crises, d’hystérie.

Les deux précédents paragraphes nous donnent envie d’aller faire un câlin à Albert n’est-ce pas ? Fort heureusement pour lui, il épousa la femme parfaite, Elisabeth Bowes-Lyon, après une très longue période de séduction. (Pas parce qu’il bégayait, mais parce qu’elle ne souhaitait pas sacrifier sa vie pour être au sein de la famille royale).Cette femme sera là pour lui tout au long de sa vie. Dés qu’elle sent qu’il est en difficulté, elle manifeste des signes d’affections qui réconfortent l’homme et l’encourage à continuer ses élocutions. C’est elle qui le conduit dans le cabinet de Lionel Logue.

Si le futur George VI met les pieds dans le cabinet de l’acteur amateur, c’est que son père (au futur roi) le contraint à faire le tour du Royaume-Uni et de prononcer des discours à tire-larigot. Il n’y a pas donc, pire punition pour Albert.

Lionel Logue est, comme je le disais, plus un acteur (mais amateur) qu’un médecin à proprement parler. Il est arrivé d’Australie et s’invente une profession qui n’existe pas encore. Certains l’insulteront de charlatan plus tard, mais en vain. Car les méthodes de Logue on fait leurs preuves. Méthodes qui, par ailleurs, sont relativement proches des méthodes d’échauffements et d’entrainement au théâtre.

Les deux hommes se voient plus de 80 fois en l’espace de 14 mois. Ils deviennent réellement amis, ce qui aide grandement Bertie.

DE BERTIE A GEORGE VI

George V décède en 1936. Edward, le frère ainé devient Edward VIII, mais abdique avant son couronnement pour pouvoir se marier avec une Américaine (divorcée trois fois, scandale !). Le peuple britannique ne souhaite cependant pas du tout son abdication, acceptant le mariage du roi Edward avec Wallis Simpson au nom de l’amour.

Double difficulté donc, pour Albert qui doit affronter son pire cauchemar (devenir roi, pour ceux qui ne suivent pas) et remplacer son frère aimé du peuple britannique. Il devient le seul roi, pour l’instant, qui accède au trône alors que son prédécesseur est encore en vie. Imaginez un instant, si Edward n’avait pas abdiqué, nous n’aurions jamais eu Lady Diana et encore moins William et Kate. Dieu soit loué. On raconte que lorsque Edward abdique, le futur George passe plus d’une heure à pleurer sur l’épaule de sa mère.

Peu avant son accession au trône, l’archevêque de Canterbury, Cosmo Lang, qui préside son couronnement, prononce un discours ou il signale au peuple britannique que le futur roi souffrait de problème d’élocution qui nécessitait des longues pauses de sa part durant ses discours, et qu’il fallait être indulgent. Pour le nouveau roi, c’est une humiliation publique, que d’attirer le regard sur son handicap. Lionel Logue trouve le geste déplacé et la mère de Bertie est plus que furieuse. On les comprend. Petite anecdote, alors que personne ne croyait au futur George VI, Churchill parle à sa femme, pendant le couronnement, en lui disant « L’autre n’aurait pas convenu ». La machine est enclenchée.

GEORGE VI, SYMBOLE DE LA RESISTANCE ANGLAISE

 

Suite à la Première Guerre mondiale, le sentiment anglais était germanophobe. En 1917 George V change le nom de famille, jusque là Saxe-Cobourg-Gotha, qu’il juge trop allemand en Windsor. Le sentiment germanophobe n’est pas près de se calmer lorsque Hitler se manifeste. George VI ne souhaite pas entrer en guerre et envoie Churchill pour tenter d’apaiser l’Allemagne nazie. En vain. Le roi prononce alors un de ses plus célèbres discours pour annoncer à son peuple qu’ils sont dorénavant en guerre contre les Allemands.Buckingham palace est touché par les tirs allemands. Inconsciemment cela entraine une personnification du roi, pour la douleur de ses sujets. Ce dernier par ailleurs, refuse tout gaspillage et impose un rationnement au sein même du palais. Il marque même un trait sur les baignoires afin de ne pas utiliser trop d’eau. Bref, le roi est exemplaire et s’impose un régime de vie proche de celui de ses sujets. Un exemple !

 

Le roi avait commencé très jeune le tabac, croyant que ce dernier calmait son bégaiement (comme moi quand je pensais que ça réduirait ma voix de princesse, mais non, ça ne marche pas), il développa un cancer du poumon. Il est mort sans souffrir dans son sommeil alors que sa fille, la future, actuelle, reine Élisabeth était au Kenya.Sa femme, Élisabeth Bowes-Lyon, a été interviewé par le scénariste de The King’s speech en 2011. Elle a demandé à ce que le film ne soit fait qu’après la mort de cette dernière, souffrant toujours de la disparition de son mari.

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