Je sens une difficulté d’être

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Voici l’allée ou le marchand voit surgir la Bête d’entre les massifs, voici la porte en ruine que Belle pousse et par où elle voit la Bête boire. Voici les candélabres qui s’allument tout seuls, les bras de pierre vivante qui les meuvent et sortent des murs. Des paroles me poursuivent : « Belle acceptez-vous de devenir ma femme ? – Non la Bête. – Adieu donc, Belle. A demain. » Ou « Cela ne vous répugne pas de me donner à boire ?  » Ou  » Belle, si j’étais un homme, sans doute je ferai les choses que vous me dîtes, mais les pauvres Bêtes qui veulent prouver leur amour ne peuvent que se coucher par terre et mourrir. » Et je vois la Bête. Ses pauvres yeux, l’un plus grand que l’autre, nagent et se noient. Ils chavirent en arrière. Belle va l’aimer et la perdre. De cette grosse chenille s’élance le Prince Charmant. Et le prince demande : « Etes-vous heureuse ? » et Belle répond : « Il faudra que je m’habitue. »

Jean Cocteau – La difficulté d’être.

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