Free to run de Pierre Morath

Si vous avez lu cet article, sur l’excellent Marathon de Pascal Sylvestre et si vous me suivez sur Instagram, vous savez que j’aime courir. Du coup je ne suis pas passée à côté de la promotion de Free to Run de Pierre Morath , réalisateur des documentaires sportifs Les règles du Jeu (2005) et Tu seras un champion, mon fils (2008). Sorti en France le 13 Avril il m’a fallu plus d’un mois pour avoir la chance de le voir, en séance unique, dans un des cinémas d’arts et essais de la ville d’Amiens.

le jolly roger - free to run affiche

Aujourd’hui si on veut avoir la route, ou le chemin du halage, pour-soi tout seul, il faut se lever très tôt, tant courir est devenu un sport banal alors que si nous remontons 50 ans en arrière, courir n’était pas un sport banal. Cantonné aux stades pour certains athlètes et considéré comme une gentille excentricité chez les hommes. Chez les femmes, c’est pire encore, il était interdit, car : Une femme qui fait un effort est super moche / Elle peut perdre son utérus en route / Des poils peuvent lui pousser sur la poitrine et j’en passe. Le premier marathon féminin eut lieu en 1984 autrement dit, c’était hier. Free to run est là pour nous rappeler que le droit de courir, celui qu’on pensait inné, n’a été acquis que très récemment dans nos sociétés modernes. Notons également qu’il y a une cinquantaine d’années il était reconnu, par le corps médical, que courir faisait perdre en moyenne vingt ans de vie.

Loin d’être un film sur des champions olympiques et sur la performance, Free to run nous dresse une galerie de portraits de héros de l’ombre, ceux qui ont changé l’histoire du running, jogging, footing, course à pied. Ceux qui ont milité pour la reconnaissance de ce sport, qui dans l’ombre créaient des marathons (Fred Lebow pour celui de New York par exemple) éditaient des revues consacrées à la course à pieds illustrés avec – Oh quelle horreur – des femmes (Noël Tamini pour le magazine Spiridon). Justement deux femmes sont mises à l’honneur dans ce documentaire Bobbi Gibb, la première femme a avoir couru le marathon de Boston, mais sans inscription et donc sans dossard en 1966 et Kathrine Switzer qui pareil, acheva le marathon de Boston en 1967, mais cette fois-ci avec un dossard. Cette performance fut connue notamment grâce au directeur du marathon qui, s’apercevant de la présence féministe, l’avait poursuivie durant la course pour lui arracher son dossard (ou plutôt tenter de lui arracher).

le jolly roger - free to run

Le film se base sur un travail d’archives d’une qualité incroyable et suit l’ordre chronologique de la « révolution running » se concluant aujourd’hui sur la conclusion amère de Noël Tamini sur la surconsommation de gadget pour améliorer ses performances, la perte de la relation avec la nature et le véritable business qui fut engendrés ces dernières années (équipement sportif, prix exorbitants des dossards, etc.)

Le Jolly Roger - Freetorun

Évidemment le documentaire de Pierre Morath est loin d’être parfait, notamment lors du traitement qu’il réserve à l’incident du Marathon de New York de 2012, annulé à cause de l’ouragan Sandy. Le réalisateur ne semble pas objectif lorsqu’il présente les coureurs, venant certes du monde entier et ayant dépenser des fortunes colossales pour faire cette course, hurler au scandale et organisant un marathon clandestin dans Central Park tandis que des milliers de familles se retrouvaient sans toits, sans électricité ni eau, en plein mois de novembre. Chacun ses priorités me direz vous, mais quitte à être sur place autant se rendre utile plutôt que d’aller courir …
Le film souffre également de longs temps de silence gênants à la fin de quelques témoignages, temps qui auraient largement pu être coupés au montage. Nous pouvons aussi émettre quelques réserves sur la majorité de la promotion du film axée sur « L’époque où les femmes n’avaient pas le droit de courir » alors que le documentaire est axé sur l’époque ou personne n’avait vraiment le droit de courir. C’est différent !

free to run jollyroger

Aujourd’hui, notamment grâce à Avon dès 1980, les femmes ont le droit de courir et même plus, un nombre incalculable de courses pour « La Femme » ont lieu partout dans le monde. Aujourd’hui courir ne nous fait plus perdre des années, mais bien au contraire nous en fait éventuellement gagner. Le documentaire nous rappelle qu’il est bon de courir en 2016 et qu’on devrait un peu plus savourer ce droit (dit-elle en chouinant parce que son astragale est probablement fêlé).

Bref, un seul mot d’ordre, courez donc le voir ! (Vous l’avez?)

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