Ça ira (1) Fin de Louis de Joël Pommerat

Être née un 14 Juillet 1989 ça influence drôlement vos goûts, beaucoup plus que si Mars dansait avec Saturne en Capricorne ou un truc du genre. Ca influence nos goûts parce qu’on sait, sans savoir ce que ça veut dire, on sait que le 14 Juillet 1989 est le jour du bicentenaire de la prise de la Bastille. Alors si ce jour-là je n’ai pas dansé sur le pont neuf comme les amants dans le joli film de Leos Carax (Les amants du pont neuf, 1991), si ce jour-là je n’ai pas regardé Stephane Bern s’extasier à la télévision sur Marie-Antoinette, ce jour là j’ai quand même fait la fête et commencé à aimer l’histoire de France, surtout celle de Louis XIV à Louis XVI (ce n’est pas une très longue période, je sais) un peu forcée de l’aimer puisque «  C’est dingue tu es née le jour du BI-CEN-TE-NAI-RE  !  », on est bien obligés de s’intéresser à ces choses-là quand ça nous est répété à longueur de temps, n’est ce pas ?

Joël Pommerat et moi c’est un peu «  je t’aime, moi non plus  ». Très productif, l’auteur nous offre un univers varié et des styles différents. Si je suis amoureuse du texte de Je tremble (1&2) que j’ai eu la chance de voir en scène à la Maison de la Culture d’Amiens en Décembre 2008 (ça ne me rajeunit pas), je suis beaucoup moins fan de ses réécritures de contes, par exemple. Lassée aussi de voir cet auteur-metteur en scène beaucoup trop récompensé aux Molière (on y reviendra) et avec la grande peur de voir la Révolution française racontée avec les pieds, c’est les miens que j’ai trainés pour assister à une représentation de 4H30 le jour de la sortie de Bridget Jones Baby.

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Ça ira (1) Fin de Louis,  c’est l’histoire, en théorie, de la Révolution française vue des assemblées générales. En théorie donc, car l’auteur insiste  sur le fait «  qu’il ne s’agit pas de reconstituer 1789  », mais que 1789 «  est un cadre qui sert à l’observation des conflits humains  ». En partant de ce postulat de base, nous, spectateurs, sommes prêts à accepter les anachronismes proposés par le metteur en scène. Mais, autant être honnête, des États généraux je n’y connaissais pas grand-chose, et je ne suis d’ailleurs pas sûre d’en connaître plus à la sortie, car le spectacle fut si dense et si riche en informations que j’en suis ressortie plus exténuée qu’autre chose, car sachez-le, si vous comptez aller le voir, vous allez vous faire crier dessus pendant 4H. Vous êtes prévenus. En ce qui me concerne je n’ai pas eu de chance, placée au deuxième rang je n’ai pas su apprécier comme il se doit la pièce de Pommerat, car je fus énormément gênée par l’omniprésence des micros – tous les comédiens étaient équipés d’un HF – En effet, avoir un comédien à deux mètres de nous et entendre sa voix nous parvenir du fond de salle donne un effet de distance dépréciable et un quatrième mur qui est loin d’être le bienvenue surtout lorsque le spectacle se passe aussi dans le public … Car, il y a des chauffeurs de salle parmi les spectateurs, les «  forces vives  », les comédiens nous rejoignent souvent en plein débat, se lèvent et hurlent à nos côtés. Comprenez donc l’étrange décalage dû aux micros et «  l’effet cinéma  » que cela provoque, ce qui est franchement dommage, mais ce qui ne nous a pas empêchés de participer malgré nous aux débats, lorsque les lumières du public étaient allumées – Je me suis moi-même surprise à râler ouvertement contre un comédien qui ne faisait qu’interrompre l’autre sur scène. N’étant pas dotée d’une grande patience, les débats ont le don de me rendre folle et je peux être prise de colère quand tout le monde parle en même temps et que personne ne s’écoute … Imaginez un peu mon état de fatigue et ma mauvaise humeur à la fin de Ça ira (1) Fin de Louis (D’ailleurs c’est mon propriétaire qui en a fait les frais, mais ça, c’est une autre histoire).

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Les comédiens furent incroyables et porteurs d’une folle énergie durant la représentation, j’en suis très admirative, et ce, même si les perruques furent grossières et divertissantes malgré elles. Le metteur en scène propose de reconstituer les États généraux dans une réalité alternative située dans ce qui semble être notre époque. Même s’il semble s’en défendre, nous ne pouvons pas renier que Louis XVI a des faux airs du Prince Albert II de Monaco, qu’Angela Merkel et Giscard ont des débats colériques et j’en passe. Impossible de ne pas les voir, impossible de ne pas penser à eux, ce qui renforce l’étrange sentiment qu’on se fait gentiment mener en bateau depuis deux-cent-vingt-sept ans. Ni au passé, ni au présent, le metteur en scène invente un espace-temps bien à lui, inconfortable et intéressant, épuisant et stimulant. Je ne sais pas si j’ai aimé, mais je n’ai pas détesté pour autant, ce fut une chouette expérience qui annoncera j’espère, une superbe saison de théâtre, loin de la prétention et du classicisme exécrable de la saison précédente. On croise les doigts  !

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Ça ira (1) Fin de Louis a reçu trois Molières 2016  : Meilleur auteur francophone vivant (le « vivant  » ça me fera toujours rire), meilleur metteur en scène de théâtre public et meilleur spectacle de théâtre public. Pommerat aura également un Molière du meilleur spectacle jeune public cette année-là. Et mon petit doigt me dit qu’il va encore avoir la hype pendant quelques années, c’est mérité mais c’est quand même un peu relou.

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