Curiouser and curiouser week* : Alice de l autre côté du miroir

« Si vous connaissez le Temps aussi bien que moi, dit le Chapelier, vous ne parleriez pas de le gaspiller. C’est une personne. »

Qu’on se le dise, je suis une grande fan des livres de Lewis Carroll et des aventures d’Alice, autant vous dire qu’en 2010, lorsque Disney annonça produire la suite des aventures d’Alice (souvenez-vous, le film a été vendu comme une adaptation de Alice, de l’autre côté du miroir) il y avait déjà de quoi lever les sourcils gauches d’interrogation et de mépris, et pour cause : Le dessin animé Alice au pays des merveilles (1951) est un subtil mélange entre les deux romans de Carroll et la suite avec une Alice adulte qui ne passe aucun miroir, permettez-moi de doutez. Je vous épargnerai d’accablants paragraphes (au pluriel, oui, oui) sur l’hideux Alice de Burton (et pourtant je l’aimais encore beaucoup à cette époque ce petit Tim), composé de fonds verts, d’effets spéciaux moches et puis j’ai un réel problème avec Mia Wasikowska, ce n’est pas objectif, certes, mais ça fait pencher encore plus la balance du mauvais côté.

Lejollyroger - Alice de l'autre côté du miroir

Ce deuxième film ne s’inspire donc pas du livre, ne prenant de ce dernier que la traversée du miroir (et un jeu d’échecs et Humpty Dumpty comme ultime clin d’œil). La suite des aventures d’Alice – réalisée non plus par Tim Burton, mais par James Bobin, habitué jusqu’alors aux Muppets – s’inspire du chapitre Un thé chez les fous, dans lequel le Chapelier et ses acolytes content leur misère à Alice. En effet, s’ils sont coincés à table c’est qu’ils sont bloqués à l’heure du thé. La cause ? Le temps ! Le temps qui est donc une personne et qui n’a pas apprécié un des nombreux calembours du chapelier. On retrouve presque cette scène dans le second film, la seule qui soit mémorable à vrai dire, car la maisonnée de fous s’amuse pendant un sacré bout de temps à faire des jeux de mots sur le temps, au temps – vous suivez toujours ?

Le film s’ouvre sur une scène de tempête où le capitaine Kinglsey, Alice elle-même, et son équipage s’échappent de justesse à d’affreux pirates chinois. De retour à Londres la jeune aventurière après qu’elle ne possède plus son bateau, ni sa maison, qu’elle n’est plus capitaine, mais qu’un poste confortable de secrétaire l’attend. Alice pète un câble, à raison, et traverse un miroir grâce à la hasardeuse apparition d’Absolem (feu Alan Rickman) qui la supplie de le rejoindre à Wonderland car le chapelier se meurt. Une seule solution s’impose pour Alice : Aller voir le Temps, lui emprunter la chronosphère et changer le passé.

ALICE THROUGH THE LOOKING GLASS

Le Temps, parlons-en. Interprété par Sasha Baron Cohen qui nous sort un énième accent, le Temps est un personnage mi-humain, mi-horloge et vit reclus dans un château construit sur la plus grande horloge du monde, entouré de ses secondes, d’adorables petits sidekick robots, qui peuvent s’assembler tels des Transformers et devenir des minutes puis une heure. Personnage insupportable au possible, l’interprétation de Cohen n’aidant pas – pourquoi diable le Temps est-il allemand ? – qui passe le film à courir après Alice, cette gourde qui est en train de provoquer la fin du monde, et après la Reine de Coeur (Helena Bonham Carter) dont il est fou amoureux. Évidemment nous retrouvons tous les petits loustics du premier opus, y compris la mièvre Reine Blanche (Anne Hathaway), toujours aussi inefficaces que mal exploités.

Si l’idée de départ n’est pas si mauvaise, je ne suis pas contre les adaptations qui diffèrent franchement des livres, ni mêmes des réécritures, même si un peu clichées, s’ajoutant à la longue liste des films qui traitent de voyages dans le temps et de passer à ne pas modifier, force est de constater que les deux heures de films sont inégales et longues et franchement ratées. Les effets spéciaux et l’ambiance du film auraient pu ressembler à l’oeuvre de Salvador Dali, ce qui ne nous aurait pas fait bouder notre plaisir, mais malheureusement, nous ne retrouvons encore une fois, que fonds verts et grossiers effets – N’allez pas me dire que vous y croyez alors que même les comédiens pataugent.

dali alice miroir le jolly roger Iracebeth, the Red Queen (Helena Bonham Carter) returns in Disney's ALICE THROUGH THE LOOKING GLASS, an all-new adventure featuring the unforgettable characters from Lewis Carroll's beloved stories.

Alice s’aventure aussi du côté du féminisme, ce qui n’est pas à blâmer. Même si l’idéologie est amenée de manière maladroite, cela fait du bien de voir des héroïnes qui tiennent bon face au patriarcat pour créer leur propre Histoire. Au final, le film est quand même un poil plus réussi que le premier, un bon divertissement, mais, encore une fois, un mauvais Disney.

*L’Autrice de ce blog plaide coupable pour l’interruption de la « Curiouser and curiouser week », cet article étant destiné à la base, à un autre blog. Mais les erreurs de planning, tout ça, tout ça … 

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