4 de Rodrigo Garcia

Découvert lors du festival Tendance à la Maison de la Culture d’Amiens, « 4 », la dernière pièce de Rodrigo Garcia, que nous avions beaucoup envie d’aimer fut une énorme et révoltante déception. Présenté lors du dernier festival d’Automne à Paris le spectacle avait reçu de très bons échos et c’est sans crainte aucune que nous sommes allés le voir sachant qu’il était transmedia et que nous raffolons de ce genre de spectacle.

Le Jolly Roger - 4 Rodrigo Garcia Théâtre contemporain

J’ai la fâcheuse tendance à ne pas lire les dossiers de presse et les programmes avant de voir un spectacle. J’aime le lire après pour conforter ou non mon impression, mais pas avant pour ne pas être influencée de quelconque manière. Une chance, ou non, pour « 4 » vu que la phrase suivante aurait pu dès lors me faire quitter la salle :

« Pour ceux qui cherchent un thème, nos pièces sont idéales : comme nous ne

nous y arrêtons jamais, la recherche du thème appartient au spectateur, ce

sera son passe-temps, devoir déchiffrer ce qui dans la pièce lui semble

familier ou évocateur. »

Je déteste sincèrement l’idée d’un spectacle que le spectateur doit, et non puisse, interpréter à son aise. Que les avis divergent ou que chacun se plaisent à s’imaginer sa propre histoire c’est une chose que je comprends tout à fait. Mais l’idée assumée qu’il n’y a pas de thème même me donne plutôt l’impression que l’auteur – metteur en scène n’a pas eu envie de s’embêter et propose, pour moi, un spectacle inachevé. Mais n’ayant pas lu le programme avant de voir « 4 » je n’ai donc pas été influencé par mon jugement. Et j’ai donc pu apprécier un groupe de quatre individus avant dans une nuée de clochette, envoyer des balles de tennis dans le vagin en gros plan de « L’origine du monde » de Courbet ponctué de temps en temps par une photo de vagin en gros plan. De voir des individus se frotter à un savon de Marseille géant, arrosés d’eau comme dans une publicité douteuse d’après minuit, perdant leurs habits en cours de route. Deux gamines perchées sur des talons de 12 centimètres et maquillées comme des prostituées de luxe sirotant un cocktail. Les comédiens cherchent à entrainer le public sur scène durant un temps trop court pour que la sauce ne prenne, avant de prendre en otage l’un de nous et de lui parler de fromage et doggy-style. Une avalanche de sketchs qui ne se répondent pas sous utilisation à outrance de voix off.

Le Jolly Roger - 4 Rodrigo Garcia Théâtre contemporain 1

Au delà de la mise en scène qui ne cherche, à mon avis, qu’à provoquer, et cela fonctionne, le metteur en scène utilise des animaux pour sa pièce et, en plus de ne les utiliser qu’en simple décoration, la question de la maltraitance et du droit de vie et de mort sur des êtres vivants se posent. A l’heure ou l’opéra de Paris ose encore mettre un taureau en cage sur scène et ne répond que par communiqué de presse bien huilées aux indignations, Rodrigo Garcia fait amener, par ses comédiens, sur scène des coqs portants des baskets. Immobilisés par le poids des chaussures les animaux sont trainés par les acteurs pendant de longues minutes avant d’être abandonnés à jardin où ils resteront jusqu’à la fin du spectacle, et même après. Le spectacle se termine par une torture filmée projetée sur l’écran en direct , d’un ver de terre donné en pâture à une plante carnivore. Double sanction puisque les plantes carnivores meurent quant la nourriture ingérée n’est pas fait naturellement. De longues minutes de tortures durant lesquelles nous voyons le vers agoniser, devenir bleu, se gonfler gorgé de sang, avant de s’immobiliser définitivement. J’ai bien conscience que ce dernier paragraphe me donne un côté Brigitte Bardot, côté que j’assume totalement étant au quotidien engagée contre la maltraitance animale. Je m’interroge vraiment quant à l’utilisation des animaux sur scène, dans les arts vivants surtout quant elle est aussi peu justifiée que dans « 4 ». Pourtant je ne m’étais pas vraiment interrogée lorsque j’ai vu « Light Birds » de Luc Petton, en début de saison, l’ayant vu un jour où les grues n’avaient pas envie de coopérer et prenaient leurs aises sur scène.

Le Jolly Roger - 4 Rodrigo Garcia Théâtre contemporain 3

« 4 » cherche à provoquer et en cela réussi aisément, ce défaut est aussi une qualité car au moins cette pièce m’aura indignée, révoltée et mis en colère ce qui est presque mieux que lorsque je sors du théâtre sans avoir rien ressenti en oubliant quasiment instantanément la pièce que je viens de voir. J’ai eu des émotions devant la dernière création de Rodrigo Garcia, pas celles que je recherchais mais des émotions quand même.

Cet article est issu de mon dossier de fin d’année pour le Conservatoire. Je pense que dès la saison prochaine j’écrirai un peu plus sur le spectacle vivant. J’espère que ça vous plaira !  

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